Le ciel est clair, mais des nuages lourds y sont dispersés.

 
Nous partons de bonne heure. Le Pont de FRONTIGNAN se lève à 8h30.
 
Nous y arrivons tôt. Et nous attendons le long du quai.
 
Ce qui donne à un plaisancier le loisir de venir nous agresser. Il estime que des bateaux de mer n’ont pas leur place sur le Canal, qu’ils font trop de vagues et détruisent les berges. Il se demande même si le Capitaine du TIGRE a déjà navigué. Ce n’est pas la première fois que nous sommes « rejetés ». Nous connaissions la xénophobie, l’homophobie, la misogynie, le racisme pur et dur….un mot manque « bateaudemerphobie », à utiliser sur les canaux.
 
La question se pose très simplement : notre voyage a été préparé avec le concours des VNF, (nous nous sommes déplacés pour les consulter, ils ont été très coopératifs), les guides papier, tous les documents d’information existants. Rien ni personne ne nous a indiqué que les bateaux de mer étaient indésirables sur les canaux. Simplement, le pilote doit être titulaire du permis fluvial pour naviguer sur le RHÔNE et le PETIT RHÔNE. Et il doit respecter les limitations de vitesse : 8 km/h pour la plaisance ; et le Capitaine se plie à cette règle.
 
Or, dans la pratique, nous sommes regardés avec hostilité, sinon attaqués verbalement par les plaisanciers sur des bateaux loués, parfois les riverains, la plupart des noliseurs, qui nous ont refusé le carburant sans nous donner d’explications, ni d’indications sur les stations où nous pouvions nous approvisionner. Quant aux sportifs des clubs d’aviron, nous avons fini, pour ne pas les ennuyer, par nous arrêter purement et simplement quand nous en voyons un. Nous le laissons passer. Même dans ce cas, nous n’avons pas droit à un merci. Nous ne sommes pas « du CANAL »….Nous le savons, et nous ne sommes pas venus en conquérants ….Comment le leur dire ?
 
Si l’on se fie au contexte de notre voyage, toute navigation sur le CANAL sera bientôt interdite. Ne seront tolérés que les péniches industrielles, à titre de musées flottants ; les petites barques des riverains ; les pirogues des clubs sportifs, et les bâtiments des noliseurs, descendants des premiers bateliers. Mais à propos de ces bateaux de location, on peut se demander si un vacancier sans permis pilote de façon à épargner les berges, et si les rejets des résidus dans l’eau respectent la Nature….La règlementation a de beaux jours devant elle.
 
Qu’en penserait Paul RIQUET ? Il était en avance sur son temps, avait-il envisagé la civilisation des loisirs sur son CANAL ?
 
La suite est paisible. Favorable aux photos, de flamands roses, de mouettes, d’aigrettes, de scènes de vie à la traversée des villages et des villes. Plus d’exposition aux ARESQUIERS qui restent tout de même pleins de charme. Belle lumière sur MAGUELONNE ; dans ce sens on voit beaucoup plus distinctement l’Abbaye, émergeant d’un bouquet d’émeraude, « cèdres, pins parasols, eucalyptus », dit le Guide vert. La passerelle est toujours magique. Pas beaucoup de monde, ni pêcheurs ni promeneurs. Un groupe d’excursionnistes se hisse en haut d’un mirador pour observer les oiseaux…. Nous revoyons les étangs, les ports, nous traversons CARNON, construite sur un plan de « ville nouvelle », avec des rues perpendiculaires, dans les années 1970, pour promouvoir le tourisme de cette région languedocienne…mais nous n’en voyons que la face tranquille et provinciale qui se surveille dans l’eau.
 
Le vent souffle à AIGUES MORTES, heureusement nous avons au Port une place bien abritée. Nous amarrons solidement, avec à bâbord un ponton, et à tribord, un vide assez étroit.
Hélas, un moment plus tard, arrive un de ces géants du CANAL, un BOAT ROYAL MYSTIQUE 20, conduit par des Britanniques, qui jettent leur dévolu sur cet espace à côté de nous. (Quel charisme nous avons !)
 
Au début nous n’en croyons pas nos yeux, et pourtant ! Le pilote est très sûr de lui, il manœuvre plusieurs fois, il s’obstine, sans se laisser impressionner par les rafales, il veut absolument entrer dans ce trou d’aiguille.
 
Il a un invité à son bord qui avec le Capitaine du TIGRE essaie d’éviter à notre bateau les attaques du MYSTIQUE. Ils arrivent à préserver la quille, mais pas l’avant tribord.
Discussion pénible et laborieuse. Le britannique se demande si le TIGRE n’était pas abîmé avant le choc…Finalement il nous donne ses coordonnées, et nous ferons une déclaration. Aléas et misères de la vie quotidienne !
 
Nous sommes au pied de la TOUR de CONSTANCE. Philippe le Bel y avait fait enfermer des TEMPLIERS. Une pensée pour eux qui ont été plus malheureux que nous dans cette ville entourée de remparts et de souvenirs de conflits plus douloureux que le nôtre.
 
Nous retournons au DUENDE pour notre deuxième dîner à AIGUES MORTES. Il ne fait pas très chaud, mais le repas est agréable. Nous découvrons une nouvelle recette d’aubergines, à retenir !